Smart City Mag : L’intelligence artificielle saura-t-elle rendre les villes plus smart ?

La difficulté avec le concept de ville, c’est que, comme pour les êtres humains, aucune ville n’est plus différente d’une ville qu’une autre ville. Autrement dit, il n’y a pas deux villes qui se ressemblent ! D’où l’extrême difficulté d’apposer à chaque ville un concept unique, celui de smart city, auquel on préfère d’ailleurs largement celui de smarter city. Qu’est-ce donc qu’une « smarter city », ou « ville plus intelligente » ? Selon moi, une ville plus intelligente est avant tout un lieu de courtes distances, géographiques mais également de temps d’accès raisonnables à la bonne information ou aux services adéquats, adaptés à chaque individu, à chaque situation. Cependant, la ville n’est jamais le résultat d’une construction absolument anticipée, mais plutôt la conséquence d’un mouvement brownien, le fruit d’une sédimentation aléatoire, incessante, presque accidentelle, de systèmes de petite échelle qui ont chacun leur histoire. Ces systèmes, en grosses mailles : des individus aux intérêts divergents et aux habitudes diverses, des communautés de voisins peuplant des bâtiments, des quartiers qui ont chacun leur nom et leur vie, la ville qui apporte une superstructure de services et d’équipements, ainsi que des liaisons avec ses voisines. Toutes ces mailles produisent et consomment de la donnée de manière disparate, hétérogène.
Or, la planification urbaine permet de créer des espaces où les distances permettent la marche, le vélo, ou encore un accès rapide aux transports en commun, aux équipements scolaires ou aux espaces verts. Cependant, les nouveaux usages liés à la numérisation des foyers, qui deviennent des producteurs autant que des consommateurs de données, et le peu d’expérience des municipalités en matière de services numériques, font des collectivités territoriales des terrains où il est probable qu’accéder rapidement à la bonne information devienne un enjeu de satisfaction des administrés envers les élus. Par conséquent, l’intelligence artificielle, qui a la capacité d’apprendre à modéliser des systèmes complexes, en améliorant les résultats au fil de l’eau, a un rôle majeur à jouer dans la digitalisation des administrations territoriales.

Anticiper les besoins, adapter les services

Pour nous en convaincre, prenons deux cas d’usage. L’intelligence artificielle peut paradoxalement aider les élus à humaniser leur catalogue de services en proposant des services adaptés à leurs administrés. Les administrations seront demain capables d’anticiper les besoins en services administratifs des ménages et de proposer les activités les mieux adaptées à chacun, de manière individualisée. Par exemple, à partir du simple acte de naissance des administrés, la mairie proposera automatiquement les inscriptions en crèche ; ou encore, des rappels de renouvellement de papiers d’identité, comme les passeports, seront produits avant que lesdites pièces n’expirent. En utilisant l’intelligence artificielle, l’administration poussera les services d’assistance paramédicale aux personnes âgées dont elle détectera que les enfants sont momentanément en vacances, optimisera les plannings de son personnel pour minimiser les temps d’attente des administrés en mairie, ajustera en temps réel les feux de circulation pour fluidifier le trafic en fonction de la météo…
Autre exemple, à l’échelle du bâtiment : l’intelligence artificielle peut aider à réduire la charge économique pour les citoyens, et donc mécaniquement augmenter leur pouvoir d’achat. Les assemblées des copropriétaires peuvent ainsi choisir de retenir un gestionnaire d’exploitation des bâtiments sachant mesurer et exploiter des points de mesure sur chaudières : consommation, température, vibrations, efficacité sont autant de métriques à même de permettre aux algorithmes d’anticiper les pannes en faisant intervenir les équipes de maintenance de manière préventive, de faire varier les réglages pour trouver le meilleur ratio confort – coûts pour les usagers, de commander automatiquement les pleins de combustibles, etc.
Le déploiement de l’intelligence artificielle à grande vitesse dans notre vie quotidienne, n’épargnera certainement pas nos villes, ni nos élus, ni nos agents, ni nous-mêmes, administrés. Pour le pire, les cadres restent en effet à être définis. Mais surtout, et l’on doit s’en réjouir, pour le meilleur, car, on l’a exploré par l’exemple ci-dessus, l’intelligence artificielle a cette capacité à faciliter le gommage des inégalités devant l’accès aux services en les individualisant, et à apprendre par elle-même à comprendre comment dégager les poches de compétitivité nécessaires au rétablissement de la capacité d’investir de nos territoires.

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2018-02-19T13:55:46+00:00 février 8th, 2018|Actualités|